Nous avons tout de même appris qu’un « con », selon notre société moderne, serait quelqu'un qui ne serait pas dans les normes. Sachant que ces mêmes normes
sont fixées par cette société dans laquelle nous vivons, nous sommes en droit de nous demander jusqu’à quel point le point de vue de cette définition est réellement objectif. Vous en
conviendrez : il nous faut approfondir notre champ de recherche. Alors continuons!
Pourquoi ne pas commencer par un exemple, afin d’organiser notre entrée en matière sur un coté pratique?
Un enfant (appelons-le Rodrigue… hommage à François Pérusse) est en train de jouer dans le salon de sa maison. Sa mère est à coté,
confortablement installée dans un fauteuil en cuir, dévorant le dernier né de la collection Arlequin. L’enfant est en train de sauter derrière les autres fauteuils, faisant semblant de tirer sur
des méchants invisibles, à l’aide d’un fusil à pompe transformable au besoin en mitrailleuse à répétition. La suite est facile à deviner. La maman de notre petit Rodrigue en a marre d'être
dérangée au milieu de son histoire palpitante. Pensez-vous : Mlle. S est allongée sur le bureau de son patron en lui disant « prends moi », tandis que le patron en question essaie
de se convaincre qu’il est marié. Maman Rodrigue brûle d’envie de savoir ce qui va se passer. Il est vrai que la collection Arlequin est connue pour ses coups de théâtre dans des situations de ce
genre. On comprend donc aisément que le jeu du petit Rodrigue interfère avec la bonne lecture de l’autorité maternelle. Cette dernière décide de se mettre en marche. Maman Rodrigue baisse son
livre sèchement, ce qui aboutit au claquement sec de la tranche du dit bouquin sur la cuisse sensible de la maman en furie. Celle-ci cache non sans peine la douleur occasionnée par son
empressement, et hurle : « Rodrigue! Arrête tout de suite! Tu m’énerves! Et puis il n’y a personne à sauver ici. Alors arrête tes conneries et va dans ta chambre ». On l’a
compris, directement ou indirectement, maman Rodrigue venait de traiter son fils chéri de « con ».
On ne peut évidemment pas reler notre exemple à celui le précédant. Le fiston jouant à sauver la princesse est loin d’être original. Tout
petit garçon qui se respecte y a déjà joué (et si ce n’est pas le cas pour vous ami lecteur, veuillez m’écrire ! Nous avons beaucoup à discuter). Ainsi, on ne peut pas dire que l’innocente
victime de la violence verbale maternelle de l’exemple précédent ait cherché à innover, pour changer les mœurs de son temps. Il nous faut donc chercher la raison de l’insulte ailleurs. Ailleurs ?
Ben non ! Puisqu’elle est devant vos yeux (toujours ébahis j’en suis sûr). Il faut la chercher ici même. Enfin bref…
Maman Rodrigue n’a tout simplement pas compris l’intérêt du jeu de son rejeton. Eh oui ! La princesse à délivrer, c’était elle. Tout bon
psychothérapeute vous définira ce phénomène comme Complexe d’Œdipe. Phénomène commun puisque récurrent. Il paraîtrait que le premier amour d’un garçon est sa mère. Un enfant considérant sa mère
comme une princesse à délivrer n’est donc pas quelque chose d’étrange. Mais pour une dame qui se complait uniquement dans la lecture de romans à l’eau de rose, un dérangement de cette envergure
(du point de vue sonore comme visuel) n’est pas compréhensible. On assiste donc à une mini crise de nerfs, une perte de contrôle de soi ce qui aboutit, sur la personne concernée, et ce sans trop
de surprise, sur une augmentation du débit verbal, une diminution de l’intelligence des propos, et surtout l’apparition d’une violence verbale non contenue, tout cela issu d’une
frustration.
Résultat des courses : un enfant qui pleure, faisant encore plus de bruit que quand il jouait; une mère énervée d’une part parce qu’il
y a encore plus de bruit qu’avant, d’autre part parce que la montée d’adrénaline occasionnée par l’énervement l’empêche de se replonger confortablement dans le vif de l’action de son livre (dont
la tranche est imprimée lisiblement sur sa cuisse, ne l’oublions pas). Tout ça parce que quelqu'un n’a pas compris quelqu'un d’autre.
C’est donc l’incompréhension qui, cette fois, a été responsable de l’utilisation de « con », mot clé de notre sujet. C’est,
selon votre auteur ici présent, une raison stupide et de ce fait inacceptable. Nous venons de voir à nouveau un exemple d’une utilisation abusive du mot « con », pourtant dans un cadre
qui nous est familier (ou tout au moins qui ne nous est pas inconnu… ce qui revient à peu près au même au fond).
Mais alors, nous revenons sans cesse à une de nos premières questions : peut-on vraiment définir ce qu’est un con? Revenir à cette
question ne peut que signifier 2 choses. Soit nous sommes définitivement en train de tourner en rond, soit nous n’avons pas abordé le problème de manière assez claire pour lui trouver une réponse
neuve. Dans le cas de la première hypothèse, Georges (le texte) n’aurait pas lieu d’exister, et je n’aurais pas lieu de le créer. Il paraîtra donc évident que c’est de la deuxième hypothèse qu’il
s’agit, et qu’il faut donc continuer notre méditation plus loin encore.
Rappelons nous de l’exemple précédent. Nous avons conclu que c’était l’incompréhension qui avait conduit Maman Rodrigue à traiter son fils
de « con ». Mais n’avons-nous pas sauté aux conclusions un tantinet trop rapidement? Estimons que Maman Rodrigue soit au courant de ce fameux Complexe d’Œdipe. Alors il ne s’agirait
plus d’incompréhension, vous en conviendrez. Ce serait plutôt que la maman en question n’a pas cherché à comprendre son fils. Ça ne serait donc pas un manque de compréhension, mais plutôt un
manque de volonté. Le livre étant plus intéressant que le fiston et sa princesse, maman Rodrigue décide de sortir l’élément perturbateur que
représente son bambin. Nous ne parlons donc plus de possibilité ou d’impossibilité de comprendre, mais de volonté ! Pas pouvoir, mais vouloir.
Nous sommes sur une piste! Je suis sûr que vous le sentez aussi. Alors poursuivons ! Si on part du principe que certaines personnes
utilisent le mot « con » parce qu’il n’ont pas envie de se casser la tête à essayer de comprendre quelque chose, alors l’utilisation abusive du mot devient, elle, compréhensible. Je
m’explique. Gardons la même méthode que précédemment, et prenons un exemple.
Notre petit Rodrigue a grandi. Pas beaucoup, mais un peu. Juste assez pour comprendre qu’il est assez facile de faire rire les gens. Il
passe donc énormément de temps à raconter des histoires drôles, à fabriquer des petits objets rigolos, ou à dessiner des caricatures (exemples parmi d’autres)…
Voyons maintenant le coté familial. Les parents, et le reste de la famille se gaussent devant ce qu’ils aiment appeler « les facéties
de leur petit Roro ». Mais des fois, et soyez certains que je ne me trompe pas en affirmant cela, certains commentaires quand à ces facéties pourraient éventuellement choquer une oreille
sensible. Un commentaire du genre « Hahaha… Il est con cet enfant là. Qu’est-ce qu’il va pouvoir inventer la prochaine fois ? C’est bien Roro… ».
Le commentaire, voulu gentil (et encore, on n'en est pas sûr), témoigne cependant de l’abus de vocabulaire quand il s’agit du mot
« con ». Et c’est là que nous revenons dans le vif du sujet. Je vous prie d’être attentifs, car je ne proférerai pas des paroles en l’air (forcément, puisqu’elles sont écrites, mes
paroles…).
Dans le cas présent, on a un personnage ayant inventé quelque chose pour faire rire les gens. Et de l’autre bord, on a ces gens, qui rient
de ce qu’ils considèrent presque comme une bêtise. En bref, qui rient sans avoir de vraies raisons. Et qui de ce fait utilisent de mauvais mots pour de mauvaises raisons. Et bien entendu, ça
n’est pas notre Roro adoré qui fera la leçon à ces adultes. St. Exupéry l’a dit : « les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c’est fatigant, pour les enfants,
de toujours et toujours leur donner des explications ».
Ce qui nous amène (sans nous en rendre compte) à nous rendre compte que l’homme ne rit pas assez. Pourtant en société, il parait simple de
trouver des raisons de rire. Mais « depuis qu’il s’est mis en société, l’Homme ne s’est jamais senti aussi seul ». Les gens ne rient pas assez. Et on peut se dire, non sans raison, que
c’est précisément ce qui manque à notre monde. C’est pour cela que les plus petits sont importants : en effet, ils n’ont pas conscience du bordel dans lequel nous nous trouvons. Ils n’ont
pas conscience de l’existence des « cons ». Ainsi, si ils arrivent à vivre sans connaître l’existence des « cons », nous pouvons conclure que ces derniers ne sont pas
indispensables, et donc sont voués à disparaître selon la toute puissance de la loi inspirée par M. C. Darwin en personne. Je vais donc me dépêcher de terminer ce texte, car sinon je crains
disparaître avec le reste de mon espèce (les « cons », du nom latin hominis debilus).
Nous parlions donc des gens que l’on traite de « cons » dans le cas d’un manque de volonté au niveau de la compréhension de
l’autre. Nous pouvons poursuivre notre exemple précédent. Nous venions de découvrir que les gens semblent avoir une fâcheuse tendance à traiter les autres de « cons » lorsqu’ils
n’avaient pas compris ce que ces derniers voulaient dire.
Ce qui va suivre n’est pas pour vous surprendre : l’Homme n’aime pas l’échec. Vous admettrez que ce commentaire n’a rien de très
inattendu. Ce qui pourrait néanmoins sembler un peu plus étrange, c’est le rapport de cette phrase avec notre exemple précédent. Le lien est pourtant simple. Et je vais vous le prouver dès
maintenant.
Lors d’une conversation normale (nous exclurons, par commodité, tout autre type de conversation), nous pouvons observer un échange verbal,
souvent sous forme de question/réponse, mais aussi sous forme d’échange de phrases simples. Jusque là, j’espère que vous arrivez toujours à suivre. Essayons alors de réfléchir un peu plus.
Lorsqu’on vous demande de quelle couleur est le ciel, vous répondez, dans un certain nombre de cas, qu’il est bleu. Vous avez donc analysé la question que l’on vous a posée; ensuite, vous avez
répondu, après avoir observé le ciel en question, si besoin est. Comme vous avez non seulement compris la question, mais aussi trouvé une réponse, vous avez répondu.
Considérons maintenant nos deux derniers exemples : celui de la Maman Rodrigue, et celui des « facéties du petit Roro ». Dans
les deux cas, nous avons conclu à un manque de compréhension. Nous avons même mentionné, si je ne m’abuse, et dans la première de ces deux anecdotes, le terme de frustration.
À la lumière de ce que nous venons de voir, analysons à nouveau les aventures malheureuses de notre Rodrigue. Dans les deux cas, nous
pouvons constater qu’il y a deux protagonistes (vu d’un angle général bien sur). D’un coté, Rodrigue, qui essaie tant bien que mal de faire comprendre quelque chose. De l’autre, un interlocuteur
(variable de la maman à la famille en général). En quelque sorte, nous avons une espèce de conversation qui tente de s’installer entre nos protagonistes. Mais l’interlocuteur de Rodrigue réagit
de manière brutale en employant ce mot infâme que je n’oserais répéter s'il n’était pas le sujet de mon petit Georges : « con ». Bref, la réponse de l’interlocuteur n’en est pas
vraiment une, et la conversation tourne court.
Essayez de vous souvenir. Nous avons conclu que vous étiez capable de répondre à une question posée (ou tout simplement à une remarque) à la
simple condition d’avoir compris cette dernière (et accessoirement d’avoir une réponse… mais on peut constater que certaines personnes répondent à des questions sans en avoir la réponse…). De
plus, nous savons tous que l’Homme n’aime pas l’échec. Dans le cas où la question n’est pas comprise, il s’agit là d’un échec évident de compréhension.
Au cas où vous n’auriez toujours pas compris où cette logique implacable qu’est la mienne veut en venir, je vais terminer pour vous cette
analyse. Lors d’un échec, l’Homme est frustré. Par conséquent, lors d’un manque de compréhension, qui trahit un échec du cerveau dans sa capacité à traiter des données, l’Homme est frustré. Et
c’est exactement ce qu’il s’est passé dans les aventures de Rodrigue. Bien entendu, chacun sait que lorsqu’on est frustré, la chose la plus naturelle à faire est d’employer les différents jurons
que la langue met à notre disposition. Et le mot « con » est celui qui revient le plus souvent.
Vous l’avez compris. Bien qu’étonnant, l’emploi de notre vilain mot dans les deux derniers exemples n’est pas inexplicable. Attention, le
fait que cet emploi soit justifiable ne veut pas dire qu’il est justifié. Car il s’agit là de notions complètement différentes. Et je ne voudrais pas m’écarter de notre sujet principal en vous
expliquant ces différences. Alors poursuivons.
Poursuivons? Ou terminons? Je n’ai pas besoin de vous souffler que nous ne savons toujours pas ce qu’est un con… Nous n’avons que vu
quelques circonstances dans lesquelles nous pourrions être tenté de dire le mot « con ».
Je précise tout d’abord que toute ressemblance avec des évènements ayant eu lieu ou ayant lieu en ce moment même est parfaitement voulue. En
revanche, si une coïncidence voulait qu’il existe une ressemblance quelconque avec une ou plusieurs personnes existant ou ayant existé, je présente mes excuses à ces personnes, car cette
ressemblance n’est, je vous l’assure, qu’un fruit du hasard. J’ajouterai que j’ai pris grand soin de prendre des exemples généraux afin de pouvoir inclure plus de réflexion dans nos analyses, et
que chacun puisse y voir une situation plus ou moins connue.
Après tout, qui est con ? Moi ? Qui ai passé un peu de temps devant un écran d’ordinateur pour vous écrire ces quelques lignes ? Ou bien
vous. Qui avez passé un peu de temps à lire ces quelques lignes justement ? Qui est le plus con ? Le con, ou celui qui le suit? Ou alors le con ne serait-il pas celui qui justement n’a pas voulu
lire mon petit Georges ?
Ce que nous avons appris, c’est que dans une très grosse majorité de cas, le plus con de deux personnes est justement celui qui traite l’autre de ce nom.
Je le dis, et je défie quiconque de me prouver le contraire : tous, sans exception, dans notre vie, nous avons fait des conneries, et
pour certaines d’entre elles, nous ne l’avons jamais regretté. Et même, nous les avons appréciées ces conneries.
N’oubliez jamais ce que vous avez fait avant de critiquer ce que font les autres. Je crois très franchement qu’au fond de chacun d’entre nous, il y a un con qui
essaie de se faire entendre sans pour autant se faire voir. La différence entre nous tous, c’est que certains le savent, d’autres non; c’est que certains l’acceptent, et d’autres non.
Alors, maintenant, si vous estimez toujours que je vous ai mené en bateau, avouez que c’est tout de même moi qui ai ramé tout le long, et
que quoi qu’il en soit, je vous ai ramenés à bon port…
vous répondez