Si je vous dis « allumeuse », à quoi pensez-vous tout de suite ? Vous vous faites l’image mentale d’une blonde pulpeuse et court vêtue se frottant voluptueusement à tous les mâles de l’assistance, mais gardant les cuisses résolument serrées quand il s’agit de passer à l’acte.
Tout le monde en a croisé une un jour ou l’autre. Ce genre de nana est extrêmement pénible à supporter pour les 2 sexes, bien que pour des raisons différentes.
Les femmes grincent des dents à voir cette greluche faire du gringue sans vergogne à leur galant (belle allitération, n’est-il pas ?).
Les hommes regrettent de ne pas avoir pris de paquet de kleenex pour essuyer discrètement les hectolitres de bave qui coulent le long de leur menton et vont mouiller le devant de leur chemise.
Les femmes rêvent de lui mettre un bon coup à cette salope.
Les hommes aussi, mais pas le même.
Bref, jusqu’ici, rien de bien nouveau.
Moi, dernièrement, j’ai rencontré le pendant masculin de l’allumeuse. Jusque-là, je ne savais même pas que ça existait un allumeur. Au risque de froisser à jamais mon lectorat masculin, j’ose affirmer que l’allumage à outrance n’est quand même pas une caractéristique franchement masculine. Les hommes n’ont généralement qu’une chose en tête : mettre le pied (et le reste) sur la Lune le plus rapidement possible. Le rêve plus ou moins bien refoulé de toute conscience mâle est de pouvoir en arriver à une société où ils pourraient dire « bonjour mademoiselle, vous êtes charmante, on baise ? » et où, en réponse à ces jolis mots, la donzelle se déshabillerait illico au lieu de leur envoyer une grosse mandale en pleine poire. S’il était possible de zapper le fastidieux chemin qui passe par les textos gentils, les fleurs, les restos et autres colifichets, l’homme lambda serait vraiment heureux. Et moins pauvre aussi.
Mon allumeur à moi se fait une spécialité de se montrer charmant avec les femmes. Il vous entoure d’un nuage d’attentions douces et appréciables, vous caresse l’épaule, vous tient par la hanche, vous dit des choses gentilles à mi-voix penché vers vous, vous prend la main quand vous ne vous y attendez pas, vous regarde droit dans les yeux comme si le monde autour n’existait pas. Il utilise toutes les techniques du Casanova professionnel de telle façon que cela semble naturel.
Mais c’est tout. Il ne va pas plus loin.
Au début, vous vous dites qu’il est timide, ne veut pas trop presser les choses, et vous trouvez ça touchant. Puis vous discutez avec une autre fille qui le connaît aussi, et qui vous apprend qu’il a agi exactement pareil avec elle quelques semaines auparavant. Alors vous vous dites que quand même c’est bizarre. Puis au hasard d’une sortie, vous l’apercevez de loin avec une troisième fille, faire une fois de plus la même chose. Et puis encore une autre fois, carrément sous vos yeux, tout en vous prodiguant les mêmes attentions qu’auparavant.
C’est assez déstabilisant au départ, il faut bien le dire. Mais c’est aussi très marrant, une fois qu’on a compris son petit manège. Parce que tout compte fait, le grand perdant dans l’histoire c’est lui. Dans le petit cercle dans lequel nous évoluons, les infos se transmettent vite, et les filles s’envoient toutes des mails pour prévenir les autres de ne pas le prendre au sérieux et rigolent ensuite de ses petits comportements. Et profitent sans hésitation de ses câlineries.
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