Jeudi 5 juin 2008
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17:43
martine et françois ont économisé pendant 10 ans, sou après sou, et ça y est ! ils l'ont ! un joli petit pavillon dans un lotissement, à la campagne. à 40 kms de
paris.
martine est prof de français dans une zep de seine-et-marne, françois est kiné à bichat.
elle se cogne 2h45 de transport tous les jours, mais ce n'est pas grave, elle corrige ses copies dans le train.
françois a revendu sa clio pour s'acheter une moto, il gagne du temps dans les bouchons.
et léa, la mignonne petite léa, avec sa fossette sur la joue gauche et ses taches de rousseur va chez la nourrice à 6h45, à la maternelle de 8h30 à 18h, puis est gardée par une babysitter jusqu'à
19h.
mais qu'importe ! ils ont leur paradis de verdure depuis 2 ans.
à paris, léa était tout le temps malade : otites, rhinos (c'est rosse), bronchites...et tout le tralala des plaisirs de l'enfance.
sèlafôtalapolusion, leurs serinaient pédiatres, grands-mères et inconnus dans les squares.
qu'à cela ne tienne ! ils se sont mis au vert, et ont découvert... tadam ! les joies du potager.
avant de se lancer, en bons élèves studieux, martine et françois ont lu "le jardinage pour les nuls", épluché "l'encyclopédie du petit potager" en 10 volumes, se sont abonnés à "mon petit
bout de terrain", et ont même demandé conseil au père rené (hommage non déguisé à anna gavalda).
et ils s'y sont mis. à la fin de l'hiver, ils ont bêché, retourné, émotté, aéré 400 de leurs 500 m².
au printemps, ils ont écumé les jardiland et autres supermarchés de la graine de la région. ils se sont empli le caddie de sachets, sacs, sarcloirs, bâches, terreaux, tourbe, engrais, fertilisants,
désherbants, pour le plus grand bonheur des marchands, et le désepoir de leur compte en banque.
puis, sérieux, ont semé sous abri, et arrosé comme et quand il le fallait.
chaque matin, avant de partir pour leur journée marathon, ils ont scruté les petits pots, guettant le moindre signe de germination.
ils ont senti un petit quelque chose bouger dans leurs entrailles quand les premières pousses timides ont fait leur apparition.
françois a créé un judicieux système de circulation entre les futures allées au moyen de planches de bois posées sur des briques pour ne pas écraser la terre (en fait, il l'a trouvé sur internet,
mais ne l'a pas dit à martine pour se faire mousser aux yeux de sa femme. après 11 ans de mariage, il est toujours bon de rappeler qu'on est un héros domestique).
quand toutes les attendrissantes petites pousses ont pris suffisamment de vigueur pour supporter d'être livrées aux assauts d'un monde cruel, ils ont planté en pleine terre. en respectant bien les
écarts de 20 cms par ici, de 50 cms par là, et en n'oubliant pas de planter côte à côte les plantes amies.
tous les soirs, léa arrosait avec son petit arrosoir, tandis que françois lui rappelait doctement l'intérêt de l'énorme et laid récupérateur d'eau au fond du jardin.
martine gonflait du jabot dans sa fierté de pouvoir bientôt déguster les fruits de leur labeur.
les premiers radis étaient maigrelets, piquants à en grincer des dents, il fut donc décidé d'ajouter une petite dose de fertilisant pour la prochaine récolte. même chose pour les fraisiers. le marc
de café est parait-il un engrais naturel formidable. mais la moue de léa devant les petites fraises décida définitivement martine à vider le reste du fertilisant sur le carré de fraisiers.
les melons ont pourri sur pied, les carottes ne sont jamais sorties, et les limaces ont bouffé tout plein de plants. un jour, françois, croyant arracher des mauvaises herbes, arracha tout un tas de
tournesols naissants.
martine et françois se sont malgré tout acharnés, imprimant en couleur les photos de toutes leurs plantations à divers stades de leur croissance, dévalisant les rayons de gamm'vert de tous les
produits : les anti-limaces, les anti-fourmis, les anti-coccinelles, les fongicides, les bidule-cides, les anti-machins. sans oublier les engrais pour ceci et les accélérateurs de croissance pour
cela. le tout sous l'oeil goguenard du père rené.
la 2e année, leur potager donna enfin des récoltes dignes de ce nom, et ils purent se régaler de toutes ces bonnes choses maison : carottes, oignons, tomates, haricots, radis, fraises, framboises,
potiron, aubergines, concombres... de bons gros fruits, de dodus légumes.
mange léa, mange, c'est bon pour toi.
pas une mauvaise herbe, pas un nuisible dans leur potager hightech !
et ils moquaient dédaigneusement le foutoir herbeux du père rené. en secret, françois espérait bien qu'à l'automne, ses citrouilles détrôneraient (pour la 1ère fois en 20 ans) celles du père rené à
la fête cantonale.
maintenant, léa a de l'eczéma, beaucoup d'eczéma, elle en est remplie. les examens ont révélé un taux anormalement élevé de produits chimiques dans son petit organisme. elle est tellement mal que
martine a dû prendre 2 mois de congé sans solde pour s'occuper d'elle. et une fois par semaine, françois troque sa moto pour le train, et l'emmène avec lui à bichat, où elle reçoit des soins
spécifiques.
l'année prochaine, ils vont virer le potager, et mettre un bassin à poissons, ça fera rire la petite.
martine ne le dit pas, mais depuis peu, elle regarde les annonces immobilières dans le train. mince, qu'est-ce que ça a augmenté l'immobilier sur paris !
Par charlie
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Publié dans : vie quotidienne
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