le compte à rebours est bien entamé. dans 13 jours c'est le réveillon et son cortège de joies pures et innocentes. étant dans le fond doté d'une âme charitable, je ne
vais pas m'appesantir sur lefait qu'il vous manque encore la moitié des cadeaux. ni que vous ne savez toujours pas ce que vous allez faire comme dessert, en
prenant en compte les goûts des uns et des autres. ni que vous avez les intestins qui se refroidissent à chaque fois que votre esprit vous rappelle perfidement que vous allez devoir recevoir 19
personnes dans votre 80 m². ni que vous serez probablement toute seule pour tout préparer.
non, je propose plutôt que l'on s'intéresse aux conversations. c'est un problème plus qu'épineux, parce que, passées les premières exclamations sur la petite qui a bien grandi, et qu'est-ce que ça
caille mais sans neige c'est un peu triste, il va bien falloir meubler le silence. et c'est à VOUS, maîtresse de maison de lancer finement des sujets qui vont animer la soirée sans la laisser
partir en vrille.
si on pouvait éviter de finir comme l'année dernière aux urgences pour recoudre l'arcade de tonton roro suite au coup de poing dans la gueule envoyé par le cousin françois, ça serait pas mal.
évitez quoi qu'il advienne tout ce qui a triat de près ou de loin à la politique, c'est le pire des pièges. même en choisissant soigneusement vos convives, par les temps qui courent, on n'est à
l'abri de rien. vu que de nos jours au sein d'un même parti on trouve des courants opposés et des dissensions inattendues, la probabilité de finir en engueulade générale est de 100%. prévoyez des
choses inattendues qui permettent de changer de sujet en moins d'une seconde : un trou normand au milieu d'un plat sera toujours moins fatal que de laisser votre soeur se lancer dans une diatribe
passionnée sur tel ministre. sortez des cierges magiques pour les gosses, proposez un toast, coupez grossièrement la parole s'il le faut.
évitez aussi le sport. c'est casse-gueule le sport. enfin, le foot et le rugby principalement. il y a fort à parier que papy sera pro-OM et le beau-frère pro-PSG. et même si par miracle tout le
monde soutient la même équipe, ils trouveront à se plumer sur tel carton rouge, sur tel match... si VRAIMENT vous voulez parler sport, orientez vers un sport auquel personne ne connait rien,
l'escrime ou le polo. mais pas la peine non plus d'apprendre par coeur la page wikipedia à l'avance. si vous en savez trop par rapport à ceux qui ne savent rien, vous passerez pour une pédante et
aurez toute la tablée contre vous, y compris votre pauvre mari qui trouvera louche cet engouement soudain alors que le seul sport auquel vous daignez vous intéresser d'ordinaire c'est la marche
entre le métro et le bureau.
parler des enfants peut paraître de prime abord assez sûr, mais c'est faux. quand on parle éducation et qu'on a face à soi une petite conne de 12 ans qui se met les doigts dans le nez, ou une ado
hystérique qui ne s'exprime que par cris stridents, ou un emmerdeur accroché à son portable et qui régale tout le monde de heavy metal qui jaillit des écouteurs de son iPod, difficile de ne pas en
faire la remarque aux heureux parents ! lesdits parents seraient ravis de dégoiser des heures sur les errements de leurs sales gosses, si l'idée venait d'eux. mais jamais ils ne supporteront que
d'autres fassent la moindre remarque... et c'est ainsi que des haines farouches naissent au sein des familles les plus unies.
ne parlez pas non plus boulot, les inégalités entre maurice l'artisan, jeanne le cadre supérieur, et alice la femme au foyer créeront forcément des explosions terribles, chacun défendant son bout
de gras tout en enviant secrètement les autres. en plus, qui dit boulot dit argent. AÏE AÏE AÏE, terrain molto glissant !!! chacun en gagne une certaine somme et le dépense d'une certaine façon.
nul doute que votre frère olivier, la fourmi économe, sautera à la gorge de bernard, le cousin dépensier qui ne vit que pour ses voitures de luxe. bernard se défendra en moquant olivier et ses
vacances mesquines en camping où il ne paye pas même une glace à ses gosses. et marie se ralliera à olivier, qu'elle déteste pourtant cordialement, en rétorquant qu'au moins olivier a un toit
décent au-dessus de sa tête et mange autre chose que des plateaux télé. bref, hurlements garantis en 5 minutes chrono.
puisque le présent fâche autant, vous pourriez être tentée de vous réfugier dans les valeurs sûres du passé, auréolé de la patine du temps qui édulcore et magnifie tout. attention ! soyez bien
certaine qu'aucun cadavre ne traîne dans un placard. ça serait contrariant que la cousine élodie éclate en sanglots sur les huitres et déballe les attouchements de l'oncle jeannot qu'elle a subis
entre 8 et 15 ans. et d'apprendre que le merveilleux été en charente quand vous aviez 8 ans, entourée de toute la famille, résultait en réalité du fait qu'on voulait cacher la lente agonie de la
grand-tante berthe risque de vous mettre le bourdon pour des semaines. surtout si on vous décrit par le menu cette douloureuse agonie, vu que maintenant vous pouvez comprendre.
le sexe ? oubliez ! c'est le moment que va choisir votre neveu pour faire son coming-out. ou la grand-mère va s'étouffer sur un toast en entendant sa petite-fille de 16 ans énumérer sa collection
de sex-toys. ou votre frangine va lancer qu'elle vient d'apprendre que son mari la trompe depuis 6 mois avec sa meilleure amie...ne croyez pas ce que vous disent les magazines sur la libération des
moeurs : le sexe, c'est encore tabou, tout le monde est encore très coincé, l'amour libre n'est pas autorisé.
bon, que reste-il comme sujets suffisamment consensuels et sans aucune chance de dérapage incontrôlé ? voyons...
la maladie : tout le monde sera d'accord pour dire que la maladie c'est pas bien et ça fait mal. chacun lancera son anecdote triste ou gore. vous vous ferez chier toute la soirée, mais sans
problèmes. parce que même si votre mère choisit ce moment pour annoncer son cancer en phase terminale, ça plombera l'ambiance, mais sans disputes. il y aura quelques larmes avinées, du mascara qui
coule, et beaucoup d'amour dans l'air. ouf ! merci maman !
toute dissemblance avec le moi que vous connaissez n'est que normale, je suis passée du côté obscur.
La crise, ma bonne Charlie, la fameuse crise économique, en voilà un sujet de discussion qu'il est bon ! Rien de plus jouissif que de baffrer en pleurant misère.
Commentaire n°1
posté par
lorpol
le 17/12/2008 à 12h25
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