Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 13:28

J’ai assisté il y a peu à une discussion enragée et parfaitement surréaliste sur un forum à propos du père Noël. L’argument de certains était que c’est une honte de continuer à propager la légende du père Noël avec tout ce qui s’y rapporte auprès des enfants. Il y en a même qui sont allés jusqu’à prétendre que la vérité créait un traumatisme important chez les enfants, et que c’était le meilleur moyen de leur faire perdre à jamais confiance en la parole de leurs parents.

Personnellement, je n’ai jamais rencontré personne qui dise que sa vie a été bousillée d’avoir appris que le père Noël n’existe pas. Et je dirais même que les enfants cessent d’y croire quand ils ont atteint une certaine maturité psychologique (essayez d’aller expliquer à un minot de 4 ans que le père Noël c’est de la foutaise, jamais il n’y croira !)

Mais je me garderai bien de généraliser à partir de ma seule expérience.

En fait, je crois bien que les plus traumatisés dans toute cette histoire, ce sont plus les parents que les enfants ! Avec tous les efforts que l’on fait pendant environ 6 à 7 ans pour que la magie reste entière…

Petit tour d’horizon :

1/ La construction du mythe :

On n’est jamais trop prudent, dès le premier Noël du petit bout, on met en place tout l’attirail : sapin, cadeaux bien emballés et bien planqués, iconographie père-noëlesque un peu partout dans la maison… Quand le petit bout grandit, on lui raconte les belles histoires de Noël avec les rennes, le traîneau et tout le tralala.


2/ Les premières questions :

comment il va venir le père Noël, on n’a pas de cheminée ? Selon les familles, la solution proposée peut varier. Certains pères Noël passent par la fenêtre (qu’il va falloir laisser ouverte toute la nuit pour faire plus vrai, bonjour le gaspillage). D’autres ont des pouvoirs magiques qui leur permettent de rétrécir pour passer par le trou de la serrure (et ils en profitent pour trinquer avec la petite souris, histoire de préserver les bonnes relations de voisinage) ou plus prosaïques, par la VMC. D’autres encore peuvent se télétransporter à volonté (pour les adeptes de Star Trek). Quoi qu’il en soit, le père Noël est aussi malin que le virus de la grippe et peut pénétrer dans les lieux les mieux calfeutrés.


Pourquoi il vient toujours la nuit ? Pfiou, il n’y en aura pas de facile. On peut se la jouer people et expliquer que le pauvre homme a beaucoup de boulot à abattre, et qu’il ne peut pas se permettre de passer du temps à causer à tous ses fans, donc il privilégie la nuit quand tout le monde dort (et là, on maudit tous ces gens qui tiennent absolument à refiler des cadeaux chez eux, étalés sur une semaine. Allez expliquer à votre petit bout, que, si, c’est parfaitement logique que ce père Noël débordé se soit amusé à déposer des cadeaux chez papy, chez tata, chez la copine de maman, chez le voisin… Et là, pas d’autre solution que de dire qu’il est vieux et perd un peu la boule). Il y a aussi la version scientifico-pédagogique, atlas à l’appui, où l’on explique qu’il vient du grand nord et que le temps de passer chez les enfants scandinaves, il arrive en France à la nuit tombée. C’est alors le premier contact de l’enfant avec la notion de fuseaux horaires, de temps qui passe et tout ça.


Pourquoi il y a le père Noël dans les magasins, alors qu’il devrait être dans son usine de jouets avec les lutins ? Là, il n’y a pas à tortiller ! Pour sauvegarder le mythe, il faut y aller franco, et tout de suite révéler qu’il s’agit de faux pères Noël, qui sont mis là pour faire plaisir aux enfants, pendant que le vrai est au turbin. Sinon, impossible de trouver une explication cohérente au fait que dans la même journée on puisse croiser un père Noël vieux et bedonnant à Auchan, un maigre à lunettes dans la rue, un grand rougeaud à la Fnac…


3/ Résister aux sirènes commerciales :

Non, même pour faire des souvenirs aux grands-mères et autres tatas gâteuses, pas question d’obliger son petit bout mort de trouille à s’asseoir sur les genoux de ce père Noël de supermarché pour LA photo souvenir. En plus, il sent la vinasse, avec parfois de vagues relents de vieille urine mal lavée. En plus, il a un je ne sais quoi de malsain dans le regard. En plus, l’expression angoissée sur le visage de petit bout nous signale bien que si on l’oblige à s’approcher à moins de 3 mètres, la sirène va se mettre en route. Alors, merde ! Pas de photo ! Et c’est aussi bien comme ça. Le père Noël, c’est la magie du mystère, et basta !

Non, même si petit bout vous dit que toute sa classe de moyenne section l’a fait, vous ne téléphonez pas au 08……… pour parler au père Noël. C’est horriblement cher, c’est un truc enregistré, c’est complètement nul, et petit bout en ressortira forcément frustré. Si vraiment petit bout veut parler au vieux, trouvez un pote doué pour changer sa voix et qui accepte que petit bout l’appelle. Une seule fois.


4/ Les premières gaffes :

Parfois, et même souvent, le petit bout est très observateur, et ne manque pas de pointer les choses un peu bizarres qui entourent Noël. Ainsi, vous pensiez que le rouleau de papier cadeau de 50 mètres acheté chez Ikea en août, et soigneusement caché depuis, serait complètement oublié le 25 décembre. Jusqu’au moment où le petit bout vous dit de sa voix cristalline en ouvrant ses cadeaux : « c’est rigolo maman, le père Noël a le même papier cadeau que nous ». Et là, vous vous félicitez intérieurement d’avoir acheté ledit papier dans un magasin scandinave, parce que vous pouvez rattacher le tout sans trop de dégâts : Ikea = Suède = pas loin du grand nord = presque chez le père noël = logique que le papier soit le même. OUF !

Mais vous n’êtes pas sorti d’affaire pour autant, puisque petit bout remarque ensuite que l’écriture du père Noël ressemble beaucoup à la vôtre sur les étiquettes des paquets. Vous lancez négligemment « ah oui, c’est marrant, il doit être gaucher lui aussi, si ça se trouve ». Et vous vous faites la note mentale de bien penser à écrire en majuscules, et à la main droite l’année prochaine.

Et il ne faut jamais oublier que les oreilles de petit bout enregistrent tout, même quand il a l’air de ne pas écouter. C’est pourquoi la conversation téléphonique où l’on déclare à sa meilleure copine qu’on est dégoûtée que les soldes soient si près de Noël alors qu’on est fauchée ne doit se faire que quand petit bout roupille. Pour petit bout, Noël ne coûte pas un kopeck aux parents, donc il ne risque pas de comprendre pourquoi janvier est le mois des nouilles au jambon, ni pourquoi ça vous crispe autant qu’il vienne juste de casser la console de jeux à 200€ que le vieux barbu lui a amené. D’ailleurs, petit bout vous trouve un peu radine quand vous lui refusez un jeu supplémentaire pour sa console.


5/ La lettre au père Noël :

A partir de 3 ans, on peut sacrifier à cette jolie tradition. Petit bout dicte ce qu’il veut, et on rêve de s’apercevoir qu’il est un être humain exemplaire qui va demander la fin de la guerre, la disparition du cancer ou autres nobles demandes. On s’imagine déjà le cœur débordant d’amour et de fierté pour cet être merveilleux sorti de nos entrailles….Dans la réalité, on a plutôt droit au catalogue King Jouet jeté sur la table basse, avec environ 80% des articles cochés. Si on fait remarquer à petit bout que ce n’est pas une lettre, il arrache la couverture. Voyant que ça ne suffit toujours pas, il peut aller jusqu’à découper et coller 45 pages de jeux sur le joli papier coloré que vous réservez pour vos courriers. C’est une longue et douloureuse bataille pour réussir à réduire la liste (parce que oui, c’est plus une liste qu’une lettre) à des proportions raisonnables. De temps à autre, vous tentez bien d’une voix faible de raisonner petit bout en lui demandant de choisir des choses moins chères, parce que le père Noël n’est pas riche. Mais il vous rétorque en vous regardant comme si vous étiez demeurée qu’il n’a pas besoin d’être riche, puisque c’est lui qui les fabrique !

Quand enfin, la lettre est prête, il faut l’envoyer. Il faut écrire l’adresse. Et là, deux écoles coexistent : l’école des vraies adresses (Père Noël, Rue des Jouets, 000001 Lutinland), pour pédagogiquement initier petit bout à l’envoi de courrier, et l’école plus fantaisiste (Père Noël, 3e nuage à gauche, Pôle Nord). Personnellement, je préfère la 2e, parce qu’avec la 1ère, pour être tout à fait logique, il faut timbrer la lettre. Il n’y a pas de petites économies.

Ensuite, si l’on ne veut pas que petit bout reçoive la réponse bateau et pas très jolie envoyée par la poste, il faut faire soi-même une réponse (en pensant à la faire écrire par quelqu’un dont petit bout ne connaît pas l’écriture) et faire disparaître discrètement la réponse officielle quand elle arrive.


Et tout ça pour qu’un jour, généralement au CP ou au CE1, petit bout rentre un soir de l’école et vous lâche négligemment « au fait, le père Noël c’est les parents, j’y crois plus » GNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

Alors, pour qui le traumatisme est plus grand ? Nous ou eux ?

Par charlie - Publié dans : vie quotidienne
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