Je ne sais pas si c'est dû à la façon dont les probabilités sont enseignées, ou à des raisons culturelles, mais il est évident qu'à la façon dont tout le monde en parle (des probabilités, suivez un peu), nous sommes bien tous persuadés qu'elles riment avec impossibilité.
Et pourtant, avec un tant soit peu de concentration, la vie quotidienne nous prouve régulièrement qu'elle se moque bien des probabilités. Prenons un exemple concret. Quand, dans mon infinie mansuétude, j'accepte de vous faire profiter de mon inestimable présence, et que rendez-vous est pris en centre-ville, je passe toujours par le même boulevard qui descend fortement. Ces rendez-vous ont lieu indifféremment le matin, l'après-midi, le soir, et tous les jours de la semaine. Je passe donc effectivement (je sais, j'abuse des adverbes, mais je les adore) souvent dans un même lieu, mais à des heures différentes. Quelles sont les probabilités pour qu'avec une constante de lieu, mais pas de temps, le même évènement se produise presque à chaque fois ? Vu que je suis une brèle en maths, et que les calculs de probabilités m'ont de tout temps ennuyée, je ne me lancerai pas dans le calcul. Mais je crois pouvoir dire sans trop me tromper que dans ce cas précis, elles sont très faibles, voire infimes.
Et pourtant... A chaque fois que je descends ce boulevard, et que j'ai le feu au rouge à mi-parcours, je vois le même homme, devant la même maison, sortir un sac poubelle et le déposer dans un container. Ayant remarqué la chose, je me suis dit que je ne le remarquais que parce qu'à ce moment précis, je n'avais pas grand-chose d'autre à faire en attendant le passage du feu au vert. J'ai donc, les fois suivantes, ralenti à la hauteur du feu vert, et jeté un regard sur ma gauche. Mais le trottoir restait vide. Pas d'homme, pas de poubelle. De la même manière, je ne le vois jamais dans l'autre sens, en remontant. Normal, me direz-vous, il a déjà sorti sa poubelle à l'aller. Oui, pour les fois où je l'ai vu en descendant. Mais les autres fois ? Celles où je ne l'ai pas vu à l'aller ? Avouez que c'est quand même troublant.
Un mathématicien, soucieux de toujours faire triompher sa science, essaierait bien de nous démontrer qu'il ne s'agit nullement d'un problème de probabilité, mais de hasard tout bête. Devant notre moue incrédule, il se lancerait sans doute dans une magistrale démonstration visant à prouver qu'il s'agit en fait d'un complot contre moi, que le type a des guetteurs qui le préviennent quand je pars de chez moi. Il se tient à l'affût derrière sa porte, prêt à se jeter dehors si le feu passe au rouge, sac poubelle à la main. Dehors, le matheux ! Tes probas défaillent, et c'est tout !
Un féru de SF nous parlerait de Matrix, et verrait dans tout ça un bug du programme général. Car nous sommes en fait des personnages de jeux vidéo, manipulés par des êtres suprêmes, qui programment nos destins dans le langage binaire que nous croyons avoir inventé. Mais je suis bien certaine de ne pas faire partie d'un Second Life universel, donc, oust, le dingo !
On peut tourner ça dans tous les sens, preuve est faite que les probabilités, plus elles sont basses, plus on a de chances que les choses arrivent.
Quelles sont les probabilités pour que lorsque je pense à une personne, elle téléphone juste à ce moment-là ? Pour que mon nez me gratte juste quand j'ai les mains pleines de farine ? Pour qu'il y ait une panne d'électricité et que mon réveil ne sonne pas juste le jour où je dois prendre l'avion ? Pour que j'arrive à me trouver nez à nez avec le facteur 3 jours d'affilée, à 3 heures différentes ? Pour que je tombe sur une copine d'enfance perdue de vue depuis 20 ans, à l'autre bout du monde ? Pour que je mette un CD en lecture aléatoire et systématiquement tomber sur ma chanson préférée de l'album ? Pour que je trouve le moyen de flinguer l'enregistrement de cet article sur mon disque dur et que je doive le réécrire intégralement ?
Quasi nulles. Et pourtant, ce genre de bizarres hasards arrive à tout le monde, tous les jours, partout.
D'ailleurs, quelles étaient les probabilités pour que cet article qui ne rime à rien, n'a aucun intérêt et se finit en queue de poisson soit lu jusqu'au bout ? Aussi petites qu'un électron. Mais vous êtes-là, en train de lire ces lignes, ce qui prouve au moins une chose : les probabilités qu'un attrape-nigaud fonctionne à coup sûr sont, elles, très élevées.
toute dissemblance avec le moi que vous connaissez n'est que normale, je suis passée du côté obscur.

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